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Alain Bombaert
N'anga inorapa


En shona, N’anga désigne le sorcier et Inorapa qui guérit.
L’ange de pierre lève les mains vers le ciel — peut-être une femme médecine. Elle appelle les esprits, invisibles mais ancrés dans la nature, dissimulés au creux d’un arbre. Le masque devient alors un passage, un seuil entre le visible et l’invisible. Il protège en repoussant les esprits malveillants, porteurs de maladie, et attire ceux qui guérissent, bienveillants, afin qu’ils veillent sur les vivants et intercèdent pour eux.
Les "plantes médicinales" réalisées en plaquettes de médicaments usagées figuraient un premier lien entre le "blister" et la guérison, par les plantes. Le « blister » est un matériau emblématique de notre rapport moderne au soin, à la dépendance et à la protection. En s’inspirant de masques rituels, il figure une interface entre le corps, la médecine et l’industrie. Il devient matière rituelle, sans jamais perdre son identité industrielle.
Un masque, à la fois archaïque et contemporain, témoin silencieux d’une époque où la guérison passe par l’emballage, la norme et la prescription, souligne une ambivalence fondamentale : ce qui soigne est aussi ce qui marque, enferme, standardise. Le masque regarde le spectateur autant qu’il l’interroge sur notre rapport au soin, au corps et à la protection.
Le masque totem s’inscrit dans une réflexion sur la survivance des formes rituelles dans les sociétés contemporaines et sur la manière dont les objets industriels, produits en série, peuvent aujourd’hui endosser une charge symbolique comparable à celle des artefacts sacrés. Le masque, forme anthropologique universelle, est ici réactivé non comme citation ethnographique, mais comme dispositif critique : un visage qui ne dissimule pas, mais révèle les structures invisibles qui organisent notre rapport au corps, à la norme et au soin.
Le blister pharmaceutique est abordé comme un objet ambivalent, à la fois remède et poison, protection et enfermement, promesse de guérison et résidu persistant. Dans l’œuvre, le blister n’est jamais neutralisé. Utilisé entier, il reste immédiatement identifiable, porteur de son langage graphique, de sa fonction et de son économie. Assemblé, il devient texture, peau, motif, tout en conservant la mémoire de son usage. Cette tension entre lisibilité et transformation constitue le cœur de la démarche plastique.
En tandem avec
Collen Madamombe

Collen Madamombe
Elle est l'une des rares sculptrices de renommée internationale de ce pays. Elle entre à la B.A.T. (école de sculpture) et la quitte au bout d'un an pour épouser le sculpteur Fabian Madamombe. Après avoir eu sept enfants, elle divorce et commence sa carrière d'artiste en 1991. Sa notoriété est rapide, elle participe à des expositions internationales, entre dans plusieurs galeries dans le monde entier et est considérée comme l'artiste la plus représentative du courant sculptural sur pierre serpentine du Zimbabwe. Elle travaille la serpentine "Springstone" qui est la plus dure, noire veinée de brun. Sa lutte contre la matière brute de la roche est la métaphore de la lutte qu'elle mène dans sa vie pour l'émancipation des femmes en Afrique.
Son thème favori est les « big-mamas », femmes aux formes pleines, seules ou en groupe, accompagnées ou non d'enfants. La pierre garde les traces de cette lutte : les visages et les mains sont polis à l'extrême et deviennent d'un beau noir brillant, tandis que les tissus qui enveloppent le corps montrent les coups du ciseau, les cicatrices des hésitations, les empreintes des blessures.
Après trois années de lutte contre le sida, elle meurt le 31 mai 2009. Son œuvre est montrée au Musée des Arts Derniers à Paris. Une exposition rétrospective a aussi eu lieu à la Galerie nationale du Zimbabwe en mars 2010. Elle est représentée au Chapungu Sculpture Park de Harare et dans plusieurs collections privées.