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Déborah Toussaint
Présence incarnée, présence agissante


Dans le parc du Château de Petit-Leez, deux figures se tiennent dans une proximité silencieuse. Elles ne se regardent pas, mais se répondent. L’une appartient à une tradition identifiable, l’autre surgit d’un espace plus incertain. Leur dialogue ne repose ni sur le récit ni sur la filiation directe, mais sur une tension entre incarnation et émergence, entre forme stabilisée et force en devenir.
La sculpture de la collection d’Exit11 représente une femme africaine debout, tenant une lance. Son corps figuratif, frontal et vertical, s’inscrit dans une tradition où la sculpture est porteuse de fonctions symboliques, sociales ou rituelles. La posture, l’outil et les ornements relient le corps à une mémoire collective. La figure affirme une présence pleine, ancrée dans le sol, dans le geste et dans un rapport direct au monde. Le sacré, ici, prend forme : il s’incarne, se transmet et se rend visible.
Face à elle, Numen adopte une tout autre langue. Sculpture androgyne, fragmentée et géométrique, elle ne représente pas un corps identifiable mais une énergie en tension. Ses plans anguleux semblent osciller entre apparition et dissolution, comme si la figure était en train de se constituer ou de se défaire. Le titre Numen — terme latin désignant une présence agissante, une force invisible sans visage ni iconographie stable — éclaire cette ambiguïté. La sculpture ne figure pas un être, mais suggère une puissance latente, perceptible sans jamais se fixer.
Le tandem se construit dans l’écart entre ces deux présences. D’un côté, une figure où le sacré se donne à voir à travers le corps, le geste et l’objet ; de l’autre, une forme où cette dimension spirituelle devient diffuse, fragmentée, presque insaisissable.
La lance prolonge le corps et affirme une fonction, tandis que les arêtes de Numen semblent chercher un point d’ancrage dans l’espace. Là où l’une affirme une identité lisible, l’autre cultive l’indétermination.
Dans le cadre végétal du parc, cette confrontation prend une résonance particulière. La nature enveloppe sans hiérarchie la mémoire incarnée et la forme en devenir. Ce tandem invite le visiteur à ralentir son regard, à accepter une part d’opacité, et à percevoir dans le dialogue entre ces deux sculptures une réflexion sur notre rapport contemporain au sacré, à la figure humaine et à la transmission. Entre héritage et invention, présence et énergie, ces deux œuvres proposent une méditation sur ce que signifie encore « être là », debout, face au monde.
Artiste plasticienne belge, Déborah Toussaint développe une pratique sculpturale centrée principalement sur le métal (acier, inox, acier corten), qu’elle aborde comme un matériau vivant, porteur de tensions, de plis et d’équilibres. Ayant vécu une partie de son enfance au contact de la culture japonaise, elle est initiée très tôt à l’origami, au kirigami, au pliage du papier et aux constructions géométriques, influences fondatrices qui marquent durablement son langage formel. Son travail explore les relations entre structure, espace, vide et mouvement, à travers des formes géométriques et des volumes ouverts, souvent inspirés par l’architecture. Ses œuvres, allant de la sculpture intime à la pièce monumentale, interrogent la résistance de la matière et dialoguent avec leur environnement, notamment dans le cadre de l’art public.
• Artiste autodidacte, complétée par des formations artistiques et techniques
• École des Arts d’Anderlecht – Sculpture
• Académie des Beaux-Arts d’Anderlecht – Céramique
• École des Arts de Braine-l’Alleud – Art du verre
• Formation continue en ferronnerie et travail du métal
• Exposition de sculptures monumentales, Square A. Steurs, St-Josse-de 2016 à 2024
• Expo avec Luc Marion, peintre à la Galerie des Capucins à Mons en 2025
• Expo « Danser l’été » avec Place Ô Arts à Lives-sur-Meuse en 2025
• Expo « Au jardin » à Bois-de-Villers en 2025
• Expo collective « Sphéricités » à la Galerie des Capucins en 2024
• Participation à la Nuit des soudeurs à Granville en Normandie en 2023
• Expo avec Félix Hannaert, peintre à la Galerie ABD Design à Verviers en 2022
• ... etc.
En tandem avec
Adam Madebe

Adam Madebe
Adam Madebe, né en 1954, est un artiste plasticien, souvent considéré comme l'un des sculpteurs sur métal les plus connus du Zimbabwe. Il vit et travaille à Johannesburg, en Afrique du Sud. Adam Madebe est né à Bulawayo, au Zimbabwe. Pendant sa formation au Centre d'art et d'artisanat Mzilikazi, il commence à sculpter des figurines en argile. Vers 1970, il se tourne vers le métal pour réaliser des œuvres de plus grande taille. Il devient ensuite professeur d'art au Centre d'art et d'artisanat Mzilikazi, où il enseigne la céramique de 1974 à 1992. Madebe a commencé à sculpter en 1982 et a remporté de nombreux prix pour ses œuvres, dont le prestigieux President's Award for Excellence en 1994. Ses sculptures, souvent de taille réelle ou plus grandes, font partie de collections prestigieuses à travers le monde, certaines de ses œuvres telles que son Fallen Warrior exposée au British Museum, sont encore utilisées comme études de cas pour les étudiants en beaux-arts au Zimbabwe aujourd'hui. Il a reçu des commandes de sculptures publiques au Zimbabwe, en Afrique du Sud et au Botswana, notamment une sculpture en laiton de Mahatma Gandhi (2015), dévoilée à Rustenburg. Sujet d'une émission éducative diffusée sur Channel 4, il est principalement connu pour son œuvre figurative, mais a également été salué pour ses œuvres semi-figuratives et conceptuelles telles que « Hot Seat » (1989). Cette œuvre, ainsi que d'autres de cet artiste, ont été présentées à la foire d'art contemporain africain 1:54 à Somerset House, à Londres, en octobre 2015.