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Danielle Kassabov
L'âme du hibou

L’Âme du Hibou
Au XVIIe siècle fut construit le Château-Ferme de Petit-Leez.
Mes ancêtres, veilleurs d’ombre et de pierre, en assuraient la surveillance.
Ils fondèrent la guilde « Very Sur ».
En 1995, je vins m’y poser afin de veiller au bien-être d’une petite fille blonde et de sa famille qui habitaient le château.
Toutes les nuits, je voyageais parmi les statues et autres sculptures figées,
un mot par-ci,
une accolade par-là….
La girafe et le King, les géants immobiles, me rapportaient les secrets de la région.
Les dinosaures, sentinelles du parc, en étaient les gardiens
et faisaient un travail de mémoire de tous les animaux vivant dans le domaine …
Ensuite, je faisais une pause sur le banc où Joseph, le jardinier avait toujours quelque galéjade savoureuse à me raconter.
Je poursuivais mon vol sans oublier de consoler le petit mouton brun,
perdu dans les sabots des chevaux,
pleurant l’ombre de sa mère …
J’arrivais ensuite à la serre et je contemplais les oiseaux multicolores aux chants mélodieux ...
Je terminais ma ronde par les statues oubliées à l’arrière des dépendances.
Les nuits s’écoulaient ainsi, …
Puis vint le jour où mes ancêtres m’appelèrent à passer de l’autre côté de l’étang.
Je fis une dernière ronde, effleurant chaque sculpture d’un adieu,
mais au seuil du départ, elles saisirent mon âme, la figèrent dans la pierre,
et les dinosaures, dans un souffle de métal, scellèrent mon corps.
Je ne pouvais plus rejoindre mes ancêtres.
Mais grâce aux hôtes du domaine, compagnons de mon éternité, je demeure ici.
Éternellement …

Mon intervention consiste à établir un rapport entre la sculpture hibou de l’artiste shona et ma composition « Hibou » (exposée en 2019) que j’insère dans le saule voisin, au travers d’un scénario imaginaire et qui est pièce maîtresse à ce tandem.
La sculpture africaine en pierre exprime l’âme du hibou dans mon texte et ma sculpture logée dans la cavité de l’arbre celle de son corps métallisé à tout jamais.
Le texte calligraphié et matérialisé sur une banderole constitue le troisième élément de l’ensemble, il fait partie de la scénographie et donne une dimension de merveilleux, c’est lui qui est le véritable lien entre la sculpture présente depuis deux décennies auprès d’un saule meurtri par le temps et mon intervention.
L’insertion dans la cavité du tronc amplifie ma sculpture, le saule tout entier et ses branches deviennent non seulement son excroissance mais une sculpture à part entière.
C’est la mise en scène de ces trois éléments, hibou en pierre, texte imaginaire et sculpture lovée dans le tronc qui est mon objectif à « tandem ».
En tandem avec
